Ferme sur le Vieux Chemin de Ligne

À  Saint-Norbert

Depuis 2014 jusqu'en 2020

Sur le rang Nord

  • Cédric

Le temps des semis

Et il arrive toujours un temps dans la saison où la saison du temps des semis arrive.


En général, on s’attend à ce que ça commence une centaine de jours après le début de l’année, quelque part durant le tristement célèbre mois de mars. En particulier, des fois ça varie de façon un peu ostentatoire.


Les semis ça se passe dans la mystérieuse chambre à semis, là où, comme son nom le laisse désirer, on fait pousser des pousses l’hiver durant et les plants qui vont au champ la chaude saison pendant.


Ladite mystérieuse chambre à semis, c’est la partie de la cave de la maison qui est en-dessous de la cuisine d’été, simple de même. Ce qu’il y a en-dessous de la chambre à semis, c’est un mystère même pour nous, mais on aime s’imaginer un vaste système labyrinthinque de tunnels éclairés par une lueur inconnue et parsemés d’insondables ruines antédiluviennes, mais des fois on se laisse emporter par notre imagination un peu.


On peut s’imaginer – et on aurait raison de le faire – que l’espace est restreint dans la chambre à semis, en plus qu’il faut cohabiter avec la fournaise et les araignées, mais c’est une petite pièce facile à chauffer et avec un plancher en béton qu’on est pas gênés de mouiller. On a construit des étagères pour les plateaux et mis des lumières hauteurement ajustables et le tout est sensiblement fonctionnel.


Y’a juste assez de place pour trente-six plateaux ici-bas, trois fois douze comme on dit, deux fois dix-huit comme d’aucuns le prétendent. Il faut donc se concasser un peu la tête à savoir quoi prioriser, surtout que quand on commence à recevoir, un peu avant la Noël, nos catalogues de semis par la poste, on a toujours assez envie de faire pousser une quantité déraisonnable de nouvelles variétés, faut apprendre à se raisonner.


On commence avec les oignons jaunes et rouges et blancs et espagnols et italiens et en même temps on part les poireaux. Pas longtemps après, on tombe dans les solanacées, merveilles de sud des Amériques, poivrons et piments et aubergines et tomates à l’infini ou presque.


Si tout va bien rendu là, on sort les oignons dans un tunnel dehors parce qu’ils ont pas peur du froid et qu’on manque de place dans maison, bien installés sur leur tables chauffantes pour les nuits encore froides, quand même un minimum de confort. On les remplace par des semis anciennement de crucifères et maintenant de brassicacées, c’est-à-dire les choux et choux-fleurs et choux-raves et choux chinois et brocolis et kales et on ajoute à ça la bette à carde et les laitues et les fines et moins fines herbes et une perdrix dans un poirier.


Puis, quelque part dans la première moitié du mois de mai, si la neige a enfin décidé de s’en aller, on se met à transplanter et à semer.



Et à chaque semaine on part d’autres plateaux de semis et on en transplante au champ sans arrêt jusqu’au mois de septembre, parce que dans le fond, sur la ferme, le temps des semis dure toute l’année, intemporel.